Une petite histoire de l’escalade en Corse



NB : les renvois de page font référence au topo Grandes voies de Corse édition 2015

Pendant des siècles, voire des millénaires, les bergers à la recherche de chèvres égarées et les chasseurs de mouflons gravissent les sommets accessibles de l’île.

Puis, de la deuxième partie du XIXe siècle jusqu’aux années 70, les montagnards qui font l’histoire de l’alpinisme en France et dans le Monde écrivent les premières pages de l’escalade corse.

Ces premiers explorateurs "sportifs" sont britanniques. Mais c’est déjà la fin de l’époque de l’alpinisme aristocratique et rapidement allemands, autrichiens, français, italiens entrent dans la danse. La première ascension marquante est celle des frères Finch et du norvégien Bryn qui, en 1909, gravissent la face Est de la Paglia Orba en condition hivernale.

A la veille de la seconde guerre mondiale, les cordées Ghiglione - Boccalatte et Schmidbauer - Bucher osent s’attaquer à des itinéraires techniques sur des faces reculées.

Il faut ensuite attendre les nombreuses visites de Werner Krah (P 52) et ses amis qui, de 1959 à 1965, ouvrent des itinéraires très audacieux et de haut niveau en face Nord du Cintu, à la Paglia Orba ou sur quelques sommets de Bavella introduisant au passage le VIe degré.

Le centre de gravité de l’escalade se déplace alors vers Bavella avec les nombreuses réalisations de Gilbert Carpentier et ses compagnons puis de la première bande des marseillais (voir P 247), qui ouvrent un nombre considérable d’itinéraires dans cet immense massif presque vierge.

A la même période, la très dynamique bande des montpelliérains (P.Couval, Y.Gilles, D.Bourret) jette son dévolu sur le Capu d’Ortu et y ouvre une demi-douzaine de voies de grande envergure. Ces voies, auréolées d’une réputation sulfureuse, ont très peu été reprises faute de renseignements fiables.

C’est aussi à cette époque, au milieu des années 70, que les premiers corses entrent en scène. Jean-Paul Quilici d’abord, extrêmement actif dans son massif de Bavella et longtemps figure médiatique de la montagne insulaire suivi quelques années plus tard de Pierrot Griscelli et surtout de Pierre Pietri (P 68) qui investissent les massifs du Nord. Tous trois deviendront guides de Haute Montagne.

Les insulaires ont fait leur entrée en scène et ne la quittent plus. Aux précédents se joint Jean-Toussaint Casanova (P 204), grimpeur éclectique qui appose sa griffe sur la plupart des massifs corses.

Parallèlement, les secouristes du PGHM, chantres de l’escalade pour tous, équipent de très nombreuses voies abordables dans la région de Corti et la nouvelle équipe des marseillais poursuit à Bavella le travail de ses aînés.

Enfin, on ne peut oublier deux personnages qui ont tenu une place particulière tout au long de ce siècle d’alpinisme. Leur autorité ne se cantonne pas à l’escalade mais englobe toute l’activité montagnarde. Ils en sont des acteurs mais surtout des chroniqueurs. Le premier, le docteur Félix Von Cube, entreprend une exploration poussée et systématique de la montagne insulaire. De 1899 jusqu'à sa mort en 1964, il vient presque chaque année parcourir et cartographier les massifs. Michel Fabrikant reprend le flambeau et publie des guides exhaustifs qui recensent entre autre, sommet par sommet, toutes les voies d’accès, en randonnée ou encordé. Ces premiers topos démocratisent l’activité qui depuis n’est plus réservée aux seuls explorateurs.

Et aujourd’hui ?

Nous assistons au grand retour du Terrain d’aventure bien aidé par un matériel très performant et des équipeurs surmotivés. Le Tsunami du tout spit craint il y a quelques années n’a pas eu lieu et aujourd’hui, les nouvelles voies équipées sont presque des exceptions. Les acteurs de cette "nouvelle vague" sont pour la plupart insulaires (J. Andreucci, L. Bertolotto, V. Cvinkliski, E. Biancarelli, M. Constant, T. Souchard…) ou fidèles à l’île (L. Catsoyanis, A. Barbier).

Et demain ?

Avec ce changement radical de paradigme et grâce à son réservoir respectable de parois granitiques sculptées et fissurées, la Corse est peut être la prochaine destination à la mode.

Les cordées Larcher – Oviglia et Della Bordella – Bacci (ouvertures à Bavella) et plus récemment Petit – Arnoldi et Auer – Mayr (ouvertures aux Cascioni) sont peut être l’avant-garde des costauds de la scène internationale. Espérons cependant que ces nouveaux venus (si nouveaux venus il y a) prennent le temps d’aller faire un tour dans les voies existantes avant d’aller laisser leur marque de peur que le potentiel "respectable" évoqué plus haut ne disparaisse en quelques années. Chi va pianu va sanu…